J'essaie de suivre un peu les news et j'ai décidé d'en parler un peu parce qu'il y a vraiment des trucs qui commencent à
m'énerver.
Commençons par le (vaste) dossier du nucléaire iranien : je suis
attéré de constater que tous les hommes politiques se sont fixés comme programme présidentiel sur ce sujet de baisser leur froc devant le président iranien sous prétexte de non-alignement
avec les Etats-Unis, suivant ainsi la voie que Chirac est en train d'instituer...
Le problème, c'est qu'il n'ont pas face à eux un homme qui
raisonne de façon sensée : je passe sur ses propos sur l'éradication d'Israël, sur ses interventions toujours provocantes sur la scène internationale, sur son concours de
carricatures sur la Shoah... après tout il ne s'agit là que de provocations.
Là où les choses se compliquent, c'est lorsqu'on voit
les réponses qu'il envoie à la face de George Bush et Angela Merkel... Il s'agit vraiment de paroles de fanatique illuminé. N'importe quel dictateur (même Saddam) tente de ménager les
opinions internationales pour ne pas se faire d'ennemis trop puissants pour lui. Mais lui court droit au suicide...
Il a refusé la main généreuse que lui a tendue Vladimir
Poutine qui voulait s'assurer des soutiens dans la région. Il s'agissait d'un traité très généreux qui lui offrait un programme nucléaire civil complet, à condition que le
traitement de l'uranium (procédé également indispensable pour la conception d'une arme nucléaire) ait lieu en Russie. N'importe quel être doté de raison et d'un minimum d'intelligence
aurait accepté : il gagnait ainsi la protection d'une grande puissance, membre permanent du Conseil de Sécurité, faisait un progrès immense dans son programme nucléaire et pouvait
continuer (si c'est bien son intention) à développer une arme nucléaire clandestine. Mais non.
M Ahmadinedjad envoie chier (et le terme est gentil) le
président russe. Pire, il le provoque sur la question tchétchène, comme il provoque les Etats-Unis sur la question irakienne, perdant ainsi son seul soutien possible au Conseil de Sécurité de
l'ONU (à part la France, bien sûr, "pays des Droits de l'Homme", qui ne voudra sans doute pas "heurter les sensibilités"...).
Tout cela démontre que le président iranien n'est pas
un pas un islamiste pragmatique, mais dogmatique, qui ne mesure pas les conséquences des ses actions mais est prêt à tout pour atteindre ses objectifs, quitte à se mettre volontairement
à dos les plus grandes puissances mondiales. Le régime iranien des Mollahs n'a pas changé mais le visage du pays est en train de se durcir...
M Amhmadinedjad gagne donc ostensiblement du
temps, dans le but probable (?) de doter l'Iran de l'arme nucléaire. Il apparait donc un jour provocant, un jour plus conciliant. Il critique ouvertement les propos (insultants?) du Pape sur
l'Islam, convoque l'ambassadeur du Vatican à Téhéran et exige des excuses. Puis il déclare hier aux Nations Unies qu'il est près à suspendre son programme d'enrichissement de l'uranium
s'il obtient des "conditions équitables" (qu'il ne précise pas). Et aujourd'hui il revient à la charge en faisant défiler ses troupes et ses miliciens aux cris de "Mort à l'Amérique !" et "Mort à
Israël !" et en affirmant en guise de provocation qu'il frappera "comme la foudre" ses ennemis en cas d'attaque. Mais tout va bien puisqu'il a précisé : "Nous avons dit que l'arme
atomique n'a pas de place dans notre doctrine de défense et notre guide suprême (l'ayatollah Ali Khamenei) a déclaré que l'utilisation de l'arme atomique était haram (proscrite par l'Islam)". Me
voilà rassuré !
Une dernière chose : que faites vous quand vous voulez gagner du temps ? Une
diversion ! Le Hezbollah ("le parti de Dieu"), parti musulman chiite libanais minoritaire, qui comprend un bras armé composé de milices formés par les Gardiens de la Révolution
iraniens est soutenu et financé par les deux puissances chiites de la région : la Syrie et surtout l'Iran.
Jusqu'ici, les milices du Hezbollah se livraient régulièrement à des
provocations en tirant des roquettes sur les territoires israëliens. Pourtant si on regarde les chiffres (je ne les ai plus exactement en tête), pour plusieurs centaines de roquettes tirées, il
n'y a eu que quelques dizaines de morts (dont, je crois 8 crises cardiaques d'octogénaires) . Comment l'expliquer puisque les miliciens ont été correctement formés ? Ils pourraient
provoquer plus de dégâts. La réponse est simple : leur chef Hassan Nasrallah est un pragmatique. Il est bien conscient qu'une provocation trop importante pourrait avoir des conséquences
dramatiques pour le Liban. Le Hezbollah se contente donc généralement de tirer une roquette au hasard (le plus souvent en plein champ) et de déguerpir.
Et pourtant...le 12 juillet de cette année, le Hezbollah déclenche un
nouveau tir de roquettes et, chose nouvelle, mène une incursion en territoire israëlien. Bilan de l'opération côté israëlien : 8 morts et 2 soldats prisonniers du
Hezbollah. L'échec de l'opération de sauvetage conduira à la mort de 5 autres soldats israëliens, membre du commando de récuparation. Vous connaissez la suite... La riposte israëlienne
a été disproportionée, ce qui est essentiellement dû à l'incompétence totale (chose rare) du nouveau gouvernement israëlien en matière militaire.
Nasrallah a lui-même déclaré que s'il avait pu prévoir les
conséquences, il n'aurait pas donné l'ordre de cette opération. Et pourtant, il avait prévu puisque depuis des années il évitait toute provocation grave à l'encontre d'Israël. Alors
? Tout simplement l'ordre n'est pas venu directement de lui mais de Téhéran, ce que Chirac a compris, comme les spécialistes du Moyen-Orient, puisqu'il affirme que le
Hezbollah est soutenu par "on ne sait qui" (lire entre les lignes).
M Ahmadinedjad gagne donc ainsi du temps en forçant les Nations-Unies à s'enliser dans une difficile et coûteuse opération de rétablissement de la
paix (mais certes indispensable pour maintenir la stabilité de la région). De plus, Hassan Nasrallah réapparait, se posant en vainqueur et en libérateur du Liban (lui qui s'est
planqué pendant l'offensive israëlienne), puisque les Israëliens se sont retirés. Il oublie au passage de préciser qu'environ 80% de ses miliciens ont été mis hors de combat par Tsahal. Il
ne semble pas non plus trop pressé de désarmer ce qui lui reste de partisans, comme l'ordonne la résolution 1701 de l'ONU.
Soit, me direz-vous, mais
pourquoi soucier de cette question? L'Iran n'a qu'à trouver une bonne raison (pas trop dur) pour dénoncer le Traité de Non-Prolifération et il pourra
développer sa bombe en toute légalité. C'est vrai, mais le problème est que cette bombe serait forcément proliférante. Rien ne ferait plus peur aux états musulmans sunnite du Proche-Orient
que de voir une bombe atomique entre les mains d'une puissance chiite, surtout si celle-ci se nomme Ahmadinedjad.
Donc que croyez-vous que vont faire nos
alliés et partenaires musulmans, notamment la Turquie et l'Arabie Saoudite s'il se rendent compte que les grandes puissances sont incapables de les protéger d'une nucléarisation de
l'Iran? Ils vont se demander à quoi servent leurs alliances et mettre au point leurs propres bombes. Et ça sera rapide, car Riyad en a largement les moyens...
C'est vrai, la bombe atomique sunnite existe déjà au Pakistan, mais dans cette
région, elle est "équilibrée" par la puissance nucléaire indienne. Au Moyen-Orient, c'est différent : la situation entre sunnites et chiites et vraiment tendue et pas seulement
en Irak (où la tension est décuplée par des années de persécutions).
Si vous ne me croyez pas, regardez le temps qu'a mis la ligue arabe à se réunir
(et encore, par délégation, au niveau des ministres des affaires étrangères) après le déclenchement de l'offensive israëlienne, elle d'habitude si prompte à fustiger la moindre action
israëlienne (assez souvent à juste titre d'ailleurs). Et encore ! Pour aboutir à quelle conclusion ? La condamnation de l'agression israëlienne ? Pas du tout. Les pays n'ont pas réussi à se
mettre d'accord entre cette option et la condamnation du Hezbollah pour ses provocations... On croit rêver !
Tout cela prouve bien que la menace chiite fait bien plus peur aux sunnites que
la menace israëlienne, qui, après tout, ne concerne que les quelques pays limitrophes...
Voilà, à part ça tout va bien sous le soleil de Téhéran. Les membres du Conseil
de Sécurité n'arrivent pas à se mettre d'accord et Ahmadinedjad jubile.
Que peuvent faire les grandes puissances ? Déjà parler fermement et
tous d'une même voix. Ca ne sert à rien de faire de l'anti-américanisme primaire sur ce sujet. A partir de là, les Nations-Unies pourront prendre des sanctions si l'Iran
refuse l'envoi d'inspecteurs. Un embargo serait efficace. Même s'il serait très couteux pour nous à cause de la hausse des prix du pétrole, il paralisera l'économie de l'Iran qui
est incapable de raffiner son pétrole et importe donc ses carburants.
J'ai l'impression que les hommes politiques français,
même à droite, se désintéressent totalement de la question, ce qui est plutôt inquiétant. On a jamais réglé une crise en jouant à l'autruche...
Sinon, il faut savoir qu'il y a aussi une crise interne
en Iran, dont on ne parle pas trop (justement entre pragmatiques et dogmatiques) et que Ahmadinedjad a déjà survécu à deux attentats le visant, et probablement pas commandités par le
Mossad...à suivre...
Voilà, si vous avez tout lu jusqu'ici, vous êtes
bien courageux, parce que je m'aperçois qu'en fait c'est super long et probalement assez sopo... Mais bon j'avais quand même envie de réagir...
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