Pourquoi j’irai voter Nicolas Sarkozy dimanche.
A tous les catholiques tentés par l’exil intérieur et l’abstention au second tour de la présidentielle.
Voter catho, est-ce bien voter ? Puisqu’apparemment la question semble se poser en ces termes pour un certain nombre d’électeurs à la veille du second tour, je pense qu’elle vaut d’être étudiée :
voter catho, est-ce donc bien voter ? Et dès lors, le débat se corse : voter catho, est-ce voter en fonction des consignes de Mgr Brincard rappelant l’exigence du respect de la vie humaine, ou en
fonction de celles de la conférence des évêques de France appelant à ouvrir nos frontières en vertu du devoir d’accueil des pays riches à la misère du monde ? Ou encore est-ce voter Christine
Boutin lorsqu’elle se présente avec un programme « tout catho » et une lecture, pense-t-elle, très pertinente de la doctrine sociale de l’Eglise ? Ou est-ce voter François Bayrou qui n’affirme sa
catholicité que pour mieux la renier ensuite, au motif que ses choix de vie personnelle ne doivent avoir aucune incidence sur son comportement politique ? Quatre façons de « voter catho » qui ne
se ressemblent guère – on élargit déjà le spectre. Allons plus loin franchissons l’Atlantique : faudrait-il voter GW Bush au prétexte de ses convictions pro-life ? Est-il plus catholique de
lutter en vue d’une hypothétique révision de la législation applicable à l’IVG ou de se retenir de se laisser aller à ses peurs primaires pour éviter de mettre le monde à feu et à sang et de
priver un peuple entier de son droit à vivre, LUI AUSSI ? Le tout avec une manipulation éhontée de l’opinion qui en langage catholique s’apparente assez directement à la notion de mensonge. Si
j’avais été Américain, et plus encore Américain catholique, j’aurais voté démocrate. De manière absolument certaine. Ce n’est pas parce qu’on est pro-life qu’on est catholique (il y a toute sorte
d’autres arguments recevables sur cette question, d’ordre nataliste ou économique par exemple) et ce n’est pas parce qu’on est catholique qu’on est un bon chef d’Etat. Le contraire se saurait,
malheureusement.
A mon sens, le moment est donc venu d’abandonner une grille de lecture partisane IVG/euthanasie/homosexualité/bioéthique, qui ne suffit ni à analyser un discours politique, ni à prendre les
décisions qui s’ensuivent. Le politique ne se réduit pas à une question de mœurs – qui relèvent pour une bonne part d’entre elles du comportement privé dans un régime démocratique comme le nôtre
– et la responsabilité électorale du catholique ne saurait être éludée avec un tel raccourci – à moins de tenir absolument à passer pour des défenseurs de bébés phoques auprès du peuple irakien.
Alors, c’est vrai, Nicolas Sarkozy n’abrogera pas la loi Veil. Ni Ségolène Royal, ni personne d’autre. Même GW Bush n’a rien pu y faire. Tout simplement parce que dans notre société cette
question ne fait plus aujourd’hui débat. Ce qui fait débat pour les années à venir, c’est la question homosexuelle. Comme tous les autres, notre pays prendra la voie d’une législation en faveur
des homosexuels. Droite ou gauche, la pression est trop forte. Seulement, là où l’un viendra par nécessité et avec prudence, l’autre courra avec allégresse, trop heureuse de venger son enfance
opprimée. Même sur ces questions dites de société, il y a donc une différence.
Mais n’en déplaise à certains, la doctrine économique n’est pas un luxe non plus. Pour la simple et bonne raison qu’elle conditionne la doctrine sociale : il n’y a pas de solidarité sans un
minimum de création de richesses. Certes, la solidarité peut paraître de gauche ; elle est chrétienne en tout cas, c’est celle du partage. L’embryon n’est pas le seul être faible à protéger ! Les
personnes âgées, les personnes handicapées, les femmes enceintes, les enfants en âge d’être nourris et scolarisés, tous ceux-là ont besoin de protection et une société s’honore à leur manifester
sa solidarité. Simplement, qui n’a rien, n’a rien à partager. La dette a pris une telle ampleur dans notre pays qu’elle réduit non seulement toutes les marges de la politique économique, mais met
aussi en cause l’avenir des prestations sociales. Et la première d’entre elles, c’est la retraite. François Bayrou et Ségolène Royal ont raison de dire qu’il faut augmenter les retraites, il est
honteux pour nous de savoir que des personnes âgées ne font qu’un repas par jour en France faute de moyens. C’est vrai, on ne vit pas avec 650 euros par mois. Seulement, aujourd’hui, on n’a pas
les moyens d’augmenter les retraites, et si l’on continue sur cette pente, ça ne risque pas de s’arranger. Pour garantir un système de retraite, il faut créer de la richesse, et pour créer de la
richesse, il faut une croissance beaucoup plus forte que celle que nous connaissons. S’ils veulent une retraite un jour, les moins de 40 ans doivent voter Nicolas Sarkozy. Ceux qui veulent que
leur mère ou la mère de leurs enfants qui auront consacré tout ou partie de leur vie active à leur éducation, touche une partie décente de la retraite de leur mari s’il vient à décéder doivent
aussi voter Nicolas Sarkozy : car dans un système sous forte tension financière comme le nôtre, les pensions de réversion continueront de se réduire comme une peau de chagrin, et rien ne garantit
que la reconnaissance des enfants, pour être éternelle, soit également financière – à supposer que les mêmes enfants en aient seulement les moyens.
C’est la même croissance qui autorise l’entretien d’une armée française de haut niveau. Qui veut une France forte, veut une armée équipée, et convenablement. Inutile de revenir sur la doctrine
socialiste en matière de dépenses militaires ; elle est tristement connue. Si la France veut continuer de jouer un rôle sur la scène internationale, il lui faut une armée digne de ce nom. Sinon,
comment prétendre faire entendre une voix divergente sur les croisades du très catholique George Bush ? Comment intervenir dans des régions du monde où les populations massacrées et déplacées
émettent un cri silencieux que le Pape Benoît XVI (tiens, tiens…) est bien seul à relayer, comme c’est le cas actuellement au Darfour ?
Croissance et solidarité nationale, défense et politique étrangère, il nous reste à parler d’éducation et de sécurité pour montrer comment le discours lénifiant de la « toute-mère » Ségolène
Royal ne résoudra en rien la crise d’autorité qui sévit dans notre pays et qui pousse les jeunes des quartiers dans les bras de la violence urbaine ou de l’islamisme radical. Si dénoncer mai 68
et ses inepties éducatives reste un tabou pour la gauche française, la droite ne veut pas d’un système où les mères livrées à elles-mêmes se trouvent menacées, molestées, par leurs propres
enfants, grands gaillards privés de père pour leur apprendre le respect. Elle ne veut pas non plus d’un système où la sécurité des personnes n’est plus garantie, parce que les forces de l’ordre
sont décriées et remplacées par des éducateurs-joueurs de foot bien démunis pour faire respecter la loi face à des gangs armés. C’est cela aussi le respect du plus faible !
Alors, si la laïcité aujourd’hui, c’est empêcher une minorité islamiste activiste de monopoliser le débat, réjouissons-nous de ne pas entendre de voix spécifiquement religieuse dans ce second
tour de l’élection présidentielle. Plutôt qu’un repli communautariste, choisissons entre les deux projets de société qui nous sont proposés et exerçons notre responsabilité de chrétien avec
clairvoyance, c’est-à-dire en ayant bien présentes à l’esprit toutes les données du débat. Et si oui, Nicolas Sarkozy a fait preuve de deux vertus bien chrétiennes, l’honnêteté de dire les choses
telles qu’elles sont, et, pour ce faire, le courage de rompre avec les pratiques de ses prédécesseurs, reconnaissons lui aussi le talent et la carrure d’un chef d’Etat. S’il fallait voter pour un
candidat idéal, chacun ne voterait guère que pour lui-même. Exercer sa citoyenneté, cela peut être, pour certains, faire le choix du moindre mal, celui du compromis. Si ce n’est pas le vôtre, il
vous restera à prier dimanche pour que les jeunes de banlieue ou les activistes soixante-huitards de tout poil fassent au moins la même et grave erreur stratégique que vous. En ce qui me
concerne, je voterai, et j’appelle à voter, Nicolas Sarkozy dimanche !
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