Quatre leçons intéressantes se dégagent de ce scrutin : le très fort taux de participation ; le score global de la droite, et plus particulièrement celui de Nicolas Sarkozy ; la contre
performance réalisée par le FN et enfin le score de l’extrême gauche, auxquelles nous ajouterons une petite réflexion sur le « vote catholique ».
Le très fort taux de participation s’explique vraisemblablement moins par le « spectre du 21 avril » que par une croyance renouvelée en la politique, elle-même due à un changement de générations
(même si Sarko et Ségo ne sont pas exactement des perdreaux de l’année…) qui a permis de retrouver un vrai clivage droite-gauche, mobilisateur.
Les résultats bloc à bloc (45% - 36%, plus les 19% de Bayrou, moins aisément classables) illustrent la prégnance dans l’opinion des thèmes et options de droite, tout au moins en matière
d’identité nationale, d’immigration ou de sécurité, l’incapacité de la gauche à imposer ses thématiques le démontrant en creux. Le brillant résultat de Nicolas Sarkozy valide son pari de redonner
à l’UMP une thématique droitière clairement assumée, en lieu et place de l’éternelle quête centriste et sociale poursuivie des années durant, avec le succès que l’on sait, par Jacques Chirac
Cependant l’importance de cette participation et de son résultat font peser une lourde responsabilité sur le candidat qui sera élu. Sarkozy, si c’est lui, devra gouverner et réussir sur ces mêmes
thématiques. Les nécessaires concessions qui seront faites dans l’entre-deux tours pour élargir son assise et gagner les voix centristes ne devront pas lui faire perdre cette perspective de vue.
Bien conduite, elle assècherait définitivement le FN et ancrerait une droite affermie. Mais s’il devait retomber dans les vieux travers de la droite de ces dernières années, la ferveur constatée
en 2007 retomberait. Le virage à droite ayant déjà été tenté, il ne serait plus possible en 2012, ne laissant aux Français d’autre choix que la gauche ou l’un des avatars possibles du Front
National.
Car en effet la leçon à tirer du recul du FN est paradoxale. Il prouve la justesse de l’intuition de Sarko et la forte demande d’une part au moins des électeurs de Le Pen pour une droite qui
s’assumerait enfin. Mais a contrario ce recul laisse une base solide au Front National, que masque le résultat en pourcentage. En effet, entre les scores cumulés de Le Pen et Villiers en 2007 et
de Le Pen et Mégret en 2002 le différentiel est de 800.000 voix seulement. Cette base est solide puisque ces électeurs, traditionnellement plus mobilisés que la moyenne des Français, n’ont pas
lâché leur camp malgré l’évolution de Sarkozy. Tout laisse donc à penser que la « droite nationale », quelle que soit la forme qu’elle aura alors, récupèrerait, en cas d’échec d’un quinquennat
Sarkozy, la quasi-totalité de ces voix qui, ramenée à un taux de participation plus classique de l’ordre de 78%, représenteraient une base de 14%, à laquelle pourrait alors se joindre l’aile
droite de l’électorat sarkoziste.
Les diverses gauches hors PS, éclatées, ont réalisé une importante contre-performance. On aurait cependant tort de trop se réjouir. Elle relève probablement plus du vote utile que d’un réel
recul, mais pourrait aussi entraîner, paradoxalement, l’émergence d’une extrême gauche moins fragmentée et plus puissante qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les Verts, par la sensibilité particulière
qu’ils incarnent ; LO et le Parti des Travailleurs, en raison du caractère sectaire de ces organisations, devraient conserver leur indépendance. Par contre, la performance d’Olivier Besancenot,
qui a gagné près de 300.000 voix par rapport à 2002, l’impose définitivement comme locomotive du courant antimondialiste et pourrait lui permettre de fédérer ce courant. Entre 2002 et 2007, seule
la persistance du PCF et la popularité – et donc les ambitions…- du très médiatisé José Bové avaient empêché ce regroupement. Les résultats médiocres de ce dernier devraient l’empêcher de
rééditer sa candidature. Même maintenu sous perfusion par le PS, le PCF pourrait bien voir ses cadres et électeurs aller vers une formation plus dynamique. Rien ne semble donc interdire la
constitution d’un bloc antimondialiste, déjà largement inscrite dans les faits par l’interpénétration des états-majors de ces trois courants.
Une remarque pour finir sur le « vote catholique ». Avant le premier tour, d’importants débats ont eu lieu dans la presse et le web catholique sur « l’engagement des chrétiens en politique », les
« points non négociables », les programmes « christiano-compatibles », etc. Au premier tour, et malgré ses positions sur le mariage homosexuel ou l’euthanasie, Sarkozy a obtenu 45% des voix des
catholiques pratiquants. Par là même, ceux-ci perdent tout espoir de peser sur les orientations de l’UMP puisque, déjà ralliés, ils n’ont plus rien à négocier. Surtout, ils démontrent une fois de
plus que, pour les catholiques français, la religion est d’ordre strictement privé, sans connexion avec le débat politique. N’en déplaise à Matthieu Grimpret, Dieu n’est pas encore dans
l’isoloir…
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