La grande idée de communication du Modem consistait à apparaître comme des gens neufs. Après le "ni droite ni gauche" cher au Front National d'antan et qui connut son heure de gloire, c'est désormais François Bayrou "et sa clique" (comme dirait l'agence Chine Nouvelle) qui s'accapare de la même idée. Le PS et l'UMP serait les deux mamelles flasques et usées de la même conception périmée de faire de la politique. Pour le MoDem, le paysage est simple : un décor de vieux partis, vieux lideurs, vieilles méthodes. Et au milieu se dresse François Bayrou, l'homo novus. La posture théâtrale de l'ancien ministre de l'Education de Balladur et de Juppé fait rire, mais elle touche sans doute quelques idéalistes déçus. A défaut de preuve, accordons seulement à Bayrou la sincérité : il a fait son chemin de Damas et croit intimement qu'il est la Bernadette Soubirous de la politique, même si ça nous fait rire.
Les séides de Bayrou, qu'ils croient ou non au discours messianique du chef, le singent quand même volontiers, tant celui-ci fait vendre et attire de nouvelles têtes en politique.
Dans le genre, la palme de la plus mauvaise parodie revient sans conteste à l'inénarrable Quitterie Delmas et à sa bande de copines. Quitterie Delmas est une trentenaire parisienne, jeune maman qui travaille, jolie et moderne. Son credo, c'est la politique autrement, faite par une femme neuve. Son moyen, c'est un blog, popularisé par la presse nationale et des disciples à l'enthousiasme effrayant (jetez un oeil au blog et lisez la prose sucrée de Hervé Torchet, vous comprendrez). Le blog de Quitterie atteint les sommets du parisianisme. Il dégouline de consensus mou très politiquement correct, et les articles publiés sont autant d'indignations soigneusement étudiées et très dans l'air du temps. Un fan-club bruyant assure la bonne garde des commentaires : gare à la leçon de morale lourdingue dès lors que vous témoignerez trop tièdement de votre admiration pour Mrs Q., ou - pire! - que vous oserez mettre en doute ses oracles.
Car il s'agit d'oracles. Les phrases nominales, exclamatives si possibles, marquent une envie de révolte toujours à son comble. Le thérapeute y verrait même volontiers de l'hystérie. On évite en revanche la succession sujet - verbe - complément, structure qui obligerait l'auteur à exposer une pensée cohérente. Sur le blog de Quitterie, c'est le pathos qui règne en maître.
La fraîcheur de Quitterie Delmas sonne faux, archi-faux. Et en effet, derrière l'argument marketing de la femme neuve et moderne se cache l'indicible : Quitterie Delmas, cette jeune et fraîche inconnue, est en réalité l'archétype de la politicienne "ancienne mode": un pur produit du microcosme. Quitterie Delmas, assistante parlementaire de profession et en mal de notoriété, hante depuis des années les couloirs de l'assemblée nationale en se rêvant un destin. Pis, la passionaria des brasseries de la rive gauche porte pour nom de jeune fille Quitterie de Villepin. Elle est la nièce de Dominique de Villepin, celui de l'affaire Clearstream.
Issue d'une famille aristocratique avec tonton politicien, Quitterie passe donc une jeunesse dorée classique. Scolarité dans le privé, du lycée des Yvelines à l'école de commerce en Anjou, puis grouillottage dans le milieu parlementaire. Elle réunit encore son cyber-staff au Bourbon, brasserie chic avec vue sur l'Assemblée : the place to be pour tous les Rastignac de la politique. C'est que, loin des caméras, Quitterie aime à se sentir partie du sérail. Cette vanité à elle seule trahit son image de "nouvelle venue de la politique autrement". Un paradoxe qui confine au foutage de gueule de l'électeur MoDem. Ce parti, quel que soit le verni arc-en-ciel dont il se pare au gré des scrutins, reste indécrottablement ce qu'il est : la version bo-bo de l'UDF des notables, l'hypocrisie en plus et les convictions en moins. Foi de républicain, il fallait faire tomber ce masque hypocrite!
Pour la petite histoire, Quitterie a quitté le MoDem. Elle se répand sur son blog, lyrique et pleurnicharde. On se perd en conjectures sur les raisons de la rupture : ambitions frustrées, besoin d'attention, drame passionnel ou chantage affectif... Toujours est-il que c'est une rupture moderne : on reste amis. Alors Quitterie boude. Sans pouvoir s'empêcher de se raccrocher encore un peu à cette image européenne, jeune, moderne, qui a fait son ascension. Ne dit-on pas que la vanité est le péché féminin?
Adieu, Dame Quitterie!