Le guide de la révolution verte a reçu le baptême dimanche dernier, des mains du Métropolite Paul, un archevêque de l'Eglise orthodoxe chypriote.
Depuis quelques mois, les observateurs attentifs des discours imprévus de Khadafi avaient souligné l'omniprésence du thème du retour aux racines gréco-romaines et chrétiennes de la Libye - véritable nouvelle lubie du dirigeant fou. Mouammar Khadafi laissait également entrevoir le besoin de combler un vide d'identité : comment refonder une identité nationale et en même temps appuyer la politique extérieure libyenne? La quête de figures nationales suggérait facilement quelques modèles célèbres et/ou honorés (Scipion et Massinissa, Septime Sévère, mais aussi les saints Marc, Théodore...) qui feraient de la Libye un pont entre l'Afrique et l'Europe. En les proposant à son peuple, Khadafi veut redonner une histoire à la nation libyenne. Il justifie en même temps le revirement diplomatique récent de la Libye - illustré par une retentissante tournée en Europe -, et cherche enfin à susciter l'adhésion africaine autour d'un projet novateur - et libyen - pour un continent en déshérence. Tel est le nouveau mythe khadafiste. On ne peut bien sûr exclure une quête personnelle, plus ou moins mystique...
Le choix de l'orthodoxie grecque apparaît alors logique : l'Orient est le parent pauvre de l'Europe. La Libye s'y associe désormais et vient se tenir aux marches de l'Occident (à la culture bien trop libérale, parlementaire, assagie pour que la Libye choisisse Rome plutôt que Constantinople). L'appel au prélat chypriote, successeur méconnu de la série des Makarios lui permet aussi de joindre l'utile à l'agréable : non seulement Khadafi fait un pied de nez remarqué à la Turquie, pays laïc, américanophile et pro-israélien, mais, après l'élection présidentielle chypriote, il offre une revanche aux partisans de l'ênosis et à leur chef le Métropolite Paul, connu pour son activisme. Le synode de l'Eglise chypriote n'avait-il pas voté contre le plan de réunification de l'ONU ? Quant au sulfureux évêque, il menace encore les mauvais réunificateurs de damnation...
Pour redorer leur blason, les partisans de la réunification de Chypre à la Grèce auraient cependant pu trouver meilleur appui que le colonel Khadafi (on déplore qu'un évêque se prête avec autant d'allégresse à cette mascarade!).
La mise en scène burlesque et quasi-christique de Khadafi planté au milieu du fleuve et recevant l'onction du baptême, le choix du prénom chrétien et impérial de Constantin réaffirment les ambitions mégalomaniaques de Khadafi.
Malgré les déclamations grandiloquentes sur l'air de cujus regio ejus religio, il n'est pas certain que l'on assiste à des baptêmes en masse de libyens sincères. Tout au plus peut-on espérer la floraison de quelques églises octogonales décorées de pantokrator à la ressemblance troublante avec Constantin-Mouammar... voire l'écriture d'une liturgie byzantine libyenne innovante, seule digne de chanter ses louanges.
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