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Mercredi 19 septembre 2007

D'humeur exotique et toujours au coeur de l'actualité la plus brûlante - surtout lorsqu'elle s'éloigne des lassantes sarkozeries - le RDN s'intéresse encore à la Birmanie. A notre grand étonnement, le régime sans sel de ce pays bien tenu est peut-être en train de vaciller. Depuis la hausse faramineuse des carburants en août, et la folle escalade des prix des transports qui a suivi, la grogne ne cesse plus et les moines s'en mêlent. Les moines, me direz-vous, surtout lorsqu'ils sont bouddhistes et pacifistes, cela ne peut faire de mal à une mouche. Voire! Hier et aujourd'hui ils ont défilé par centaines dans Rangoon (car il y a des moines vraiment partout en Birmanie). La sécurité locale les a regardé faire en se contentant de leur fermer l'accès à la pagode Shwedagon - le Notre-Dame de Paris local - sans leur taper dessus. C'est que les moines ont une arme absolue, plus efficace que tout armement conventionnel : ils ont les clefs du nirvana. La grande obligation du bouddhiste, c'est l'aumône au moine. Condition sine qua non pour atteindre le nirvana et arrêter de se réincarner. Et les moines viennent d'annoncer qu'ils refuseraient désormais les aumônes de la junte. Les boules pour le généralissime Than Shwe et ses acolytes : ils sont vieux et malades alors le nirvana, ils préfèrent ça à la réincarnation dans un montagnard shan cultivateur de pavot.

Si les moines continuent leur balade postprandiale quotidienne en meute, tout est possible et l'on va même finir par trouver quelque avantage au bouddha...

par Peronito publié dans : Le monde est fou
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Jeudi 6 septembre 2007

Il y a au sujet d’Aung San Suu Kyi trois catégories de personnes : ceux qui ignorent qui elle est, ceux qui militent pour sa libération en distribuant des tracts très engagés, et le RDN.

Depuis déjà quelques décennies, la riante nation birmane est gouvernée d’une main de fer par un quarteron de généraux en retraite assez pittoresque. A l’image du philarmonique de Berlin, leur groupe est connu mais peu savent qui est le chef d’orchestre ou le premier violon. C’est ainsi que l’ancien SLORC (State Law and Order Restoration Council) – devenu Conseil pour la paix et le développement sur les conseils d’un cabinet de relations publiques américain, règne anonymement et continûment. Sous cette apparence de continuité se dissimulent moult révolutions de palais, évictions, mises en résidence surveillée et morts plus ou moins naturelles. L’actuel patron de la junte se nomme Than Shwe – il a à peu près 75 ans et le grade respectable de généralissime. Than Shwe a eu dans sa jeunesse tout le loisir d’aiguiser son sens de la communication lorsqu’il fut affecté au département de guerre psychologique. Malgré son uniforme mal taillé, il mérite cependant ses nombreuses décorations, non pas obtenues dans les salons de Rangoon mais bien au cours de guerres civiles particulièrement sanguinaires, contre la rebellion karen par exemple. Son premier ministre, Thein Sein, est à peu près le même genre de personnage raffiné. Notre sympathie habituelle pour les uniformes n'y peut rien faire, la junte birmane, ça ne passe vraiment pas.

Aujourd’hui, les généraux vont et viennent entre Singapour (où l’un soigne sa leucémie) et Naypyidaw, véritable ville à la campagne, nouvelle capitale construite dans la jungle, vide et bunkerisée, entourée dit-on de missiles sol-air au cas où les Américains (toujours eux) seraient pris d’un accès d’antimilitarisme birman. Dans leur cas, paranoïa est un euphémisme!

A l’opposé dans le paysage politico-militaire birman, Aung San Suu Kyi est la grande figure de l’opposition à la junte. Au premier abord, nous serions tentés de nous en méfier. L’onction très droit-de-l’hommiste d’un prix nobel de la paix a fait d’Aung San Suu Kyi l’égal d’un Yasser Arafat, Nelson Mandela ou le Dalaï Lama (des personnalités qui ne suscitent pas totalement notre extase) ; son père Aung San, assassiné très jeune en 1947 et dont elle tire historiquement sa légitimité, était le héros de l’indépendance birmane et de la lutte contre les Anglais ; enfin, ses positions sur le boycott de la Birmanie –rapportées de façon caricaturale en Occident – la feraient aisément enfin passer pour une dangereuse extrémiste.

Pourtant, Aung San Suu Kyi est plus intéressante que son image. Eduquée à Oxford, parlant anglais et japonais, elle tient un discours étonnament moderne : plaidoyer libéral modéré pour l’économie de marché qui pourrait presque être sarkozyste (raison pour laquelle, peut être, ce dernier s’est assigné comme nouvelle mission quasi-divine de libérer Suu Kyi) et un mouvement politique dont le nom, la Ligue Nationale pour la Démocratie, évoque presque à la perfection la Démocratie Nationale qui nous est chère. Aung San Suu Kyi et le Président du RDN, même combat ? Sans doute. 

Aung San Suu Kyi est en résidence surveillée à Rangoon. Deux barrières et quelques paires de policiers se tiennent prêts à bloquer la route, encadrant une entrée rouge et jaune et une haie de drapeaux aux couleurs de la Ligue. Dans ce pays très pauvre, où le prix du carburant vient de doubler cet été, la révolte gronde désormais à nouveau. Il y a quelques heures à peine, les dépêches annonçaient que les moines prennent à leur tour part à la fronde. Puisse la révolte devenir une révolution !

par Peronito publié dans : Le monde est fou
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