Il faut se méfier des media français, surtout lorsqu'ils s'engouffrent comme un seul homme dans la même direction, symptôme immanquable d'absence d'investigation et d'enthousiasme injustifié.
Avec de grands moulinets de bras, ils nous prédisent et souhaitent, y compris le Figaro ou Mme Chirac, la victoire démocrate à la présidentielle américaine de novembre, immanquable après huit
années d'épouvante républicaine. Ce vainqueur démocrate proclamé est, en fonction des victoires respectives, soit Obama soit Clinton, les media se gardant bien de trancher, déroutés par
l'alternance parfaite des victoires et défaites, et surtout incapables de choisir entre deux formidables options de changement: une femme ou un noir à la Maison blanche.
La vérité est cependant aisément accessible, dès lors que l'on attaque le problème à tête reposée, en considérant Mme Clinton et M. Obama non pas comme un 'femme' ou un 'noir', mais comme deux
politiques démocrates caractérisés par une personnalité et un programme.
Cette vérité est que, si l'on tient compte des données actuelles, ni M. Obama ni Mme Clinton ne seront le prochain président des Etats Unis, Mme Clinton remportant l'investiture démocrate mais
étant battue par un républicain en novembre.
Hillary Clinton a toujours mené et mène toujours la course à l'investiture démocrate. Si l'on analyse de près les primaires actuelles, l'on se rend compte que leurs résultats étaient tous
prévisibles. M. Obama a remporté l'Iowa: aucune surprise, il est sénateur de l'Etat voisin, l'Illinois.
Mme Clinton a remporté le New Hampshire: jamais le contraire n'avait été prévu dans cet Etat blanc, élitiste de la Côte Est. Barack Obama va remporter la Caroline du Sud (ainsi que, par la suite,
de nombreux autres Etats sudistes à forte population noire) le 26 janiver. Méfiez-vous alors des cris que les media pousseront: les sondages ainsi que le simple bon sens donnent Hillary gagnante
dans les gros Etats blancs et progressistes, riches en délégués, qui voteront la semaine d'après: New York , dont elle est le sénateur, Californie, Floride.
Certes, la suite n'en est pas moins incertaine:
D'un côté, Hillary Clinton fait preuve d'une bien meilleure maîtrise des dossiers ainsi que d'une honnêteté intellectuelle bien supérieure à celle de son rival. Obama en effet, sénateur depuis
seulement 3 ans, propulsé en politique par sa femme, est porté, beaucoup plus que par un véritable programme, par l'image anti-establishement, jeune, qu'il donne. Une image, un discours, mais pas
de programme ni d'expérience: osons la comparaison avec Mme Royal.
D'un autre côte, l'électabilité du sénateur de l'Illinois est curieusement meilleure que celle de sa rivale: Hillary Clinton pâtit en effet d'une répulsion physique chez une bonne moitié de la
population américaine, qui n'est pas sans rappeler, pour que la comparaison soit partagée, celle de Mme Royal en France. Obama, plus naturel, ne dérange pas les électeurs modérés, qui pourraient
lui porter leur suffrage.
Le risque, pour Hillary Clinton, est le comportement du troisième homme de la primaire démocrate, John Edwards, candidat malheureux du ticket démocrate en 2004. Que celui-ci se désiste en faveur
de Clinton, et voilà l'avantage de cette dernière confirmée et renforcé par un appui 'sudiste'. Qu'il porte son choix sur Obama, et voici affermie la coalition anti-establishement, qui provoquant
sans aucun doute la chute de l'ancienne First Lady.
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