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Jeudi 6 septembre 2007

Il y a au sujet d’Aung San Suu Kyi trois catégories de personnes : ceux qui ignorent qui elle est, ceux qui militent pour sa libération en distribuant des tracts très engagés, et le RDN.

Depuis déjà quelques décennies, la riante nation birmane est gouvernée d’une main de fer par un quarteron de généraux en retraite assez pittoresque. A l’image du philarmonique de Berlin, leur groupe est connu mais peu savent qui est le chef d’orchestre ou le premier violon. C’est ainsi que l’ancien SLORC (State Law and Order Restoration Council) – devenu Conseil pour la paix et le développement sur les conseils d’un cabinet de relations publiques américain, règne anonymement et continûment. Sous cette apparence de continuité se dissimulent moult révolutions de palais, évictions, mises en résidence surveillée et morts plus ou moins naturelles. L’actuel patron de la junte se nomme Than Shwe – il a à peu près 75 ans et le grade respectable de généralissime. Than Shwe a eu dans sa jeunesse tout le loisir d’aiguiser son sens de la communication lorsqu’il fut affecté au département de guerre psychologique. Malgré son uniforme mal taillé, il mérite cependant ses nombreuses décorations, non pas obtenues dans les salons de Rangoon mais bien au cours de guerres civiles particulièrement sanguinaires, contre la rebellion karen par exemple. Son premier ministre, Thein Sein, est à peu près le même genre de personnage raffiné. Notre sympathie habituelle pour les uniformes n'y peut rien faire, la junte birmane, ça ne passe vraiment pas.

Aujourd’hui, les généraux vont et viennent entre Singapour (où l’un soigne sa leucémie) et Naypyidaw, véritable ville à la campagne, nouvelle capitale construite dans la jungle, vide et bunkerisée, entourée dit-on de missiles sol-air au cas où les Américains (toujours eux) seraient pris d’un accès d’antimilitarisme birman. Dans leur cas, paranoïa est un euphémisme!

A l’opposé dans le paysage politico-militaire birman, Aung San Suu Kyi est la grande figure de l’opposition à la junte. Au premier abord, nous serions tentés de nous en méfier. L’onction très droit-de-l’hommiste d’un prix nobel de la paix a fait d’Aung San Suu Kyi l’égal d’un Yasser Arafat, Nelson Mandela ou le Dalaï Lama (des personnalités qui ne suscitent pas totalement notre extase) ; son père Aung San, assassiné très jeune en 1947 et dont elle tire historiquement sa légitimité, était le héros de l’indépendance birmane et de la lutte contre les Anglais ; enfin, ses positions sur le boycott de la Birmanie –rapportées de façon caricaturale en Occident – la feraient aisément enfin passer pour une dangereuse extrémiste.

Pourtant, Aung San Suu Kyi est plus intéressante que son image. Eduquée à Oxford, parlant anglais et japonais, elle tient un discours étonnament moderne : plaidoyer libéral modéré pour l’économie de marché qui pourrait presque être sarkozyste (raison pour laquelle, peut être, ce dernier s’est assigné comme nouvelle mission quasi-divine de libérer Suu Kyi) et un mouvement politique dont le nom, la Ligue Nationale pour la Démocratie, évoque presque à la perfection la Démocratie Nationale qui nous est chère. Aung San Suu Kyi et le Président du RDN, même combat ? Sans doute. 

Aung San Suu Kyi est en résidence surveillée à Rangoon. Deux barrières et quelques paires de policiers se tiennent prêts à bloquer la route, encadrant une entrée rouge et jaune et une haie de drapeaux aux couleurs de la Ligue. Dans ce pays très pauvre, où le prix du carburant vient de doubler cet été, la révolte gronde désormais à nouveau. Il y a quelques heures à peine, les dépêches annonçaient que les moines prennent à leur tour part à la fronde. Puisse la révolte devenir une révolution !

par Peronito publié dans : Le monde est fou
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Vendredi 6 juillet 2007

Claude Pompidou a été enterrée aujourd'hui. Elle était la célèbre femme de l'ancien Président. Les Pompidou étaient un couple moderne et précurseur de Nicolas Sarkozy en matière de goûts de luxe. Le yacht a remplacé la porsche, Malte a remplacé Saint-Tropez, mais en Pompidou déjà germait le petit Nicolas. Une France s'en va mais la relève est assurée!

par Peronito publié dans : Nos amis d'hier
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Jeudi 28 juin 2007

Fidèle à la hauteur de vue qui le caractérise, le RDN a observé un silence attentif depuis l'élection présidentielle. Il s'est amusé de l'agitation médiatique, des événements microcosmiques et des gesticulations partisanes lors de l'élection législative. Mais le RDN n'est pas mort! Plus que jamais il est présent pour montrer la voie. Merci à nos lecteurs, amis et contradicteurs de nous avoir dit leur impatience. Nous allons les rassasier à nouveau.

Nous voilà donc dans la France de maintenant. Le sarkozysme a commencé de mettre en pratique une façon moderne de faire de la politique, et si un certain mauvais goût pour le clinquant pourra nous agacer de temps à autre, nous vivons un moment intéressant.

Difficile de s'y retrouver, tout de même : le gouvernement, avec quelques talentueux membres, paraît aussi un petit micmac de libéraux, gaullistes, centristes, socialistes et carriéristes qui perturbe les esprits rationnels. Les sondages ont l'air de montrer que les Français aiment ça. Nous verrons sur pièce.

Les socialistes, pendant ce temps, se sont faits atomisés - qu'il s'agisse de tsunami bleu ou de simple grosse vague, cela nous est finalement égal - et règlent désormais leurs comptes. Gogolène pète littéralement son câble, avouant enfin ce qui était de longue date un secret de polichinelle : sa situation matrimoniale. Menteuse à propos de sa vie privée (rappelons nous les déclarations romantiques sur son amour fou pendant la campagne), menteuse dans ses projets (vous êtes ravis d'apprendre qu'à ses promesses de campagne elle ne croyait pas, pauvre victime des éléphants qu'elle fut), elle apparaît totalement marginalisée dans l'appareil du parti. La roche tarpéienne est proche du Capitole, adieu Gogolène.

Les militants socialistes d'un blog assez lu publient des diatribes antisarkosystes, dans lesquelles ils dénoncent le keynesianisme de la droite. On aura décidément tout vu! Bientôt ils citeront Milton Friedman, pendant que le président invoque Jaurès. Qui s'y retrouve?

Ailleurs, les groupuscules gauchistes sont en pleine fusioon-acquisition pour tâcher d'arriver au sacrosaint nombre de vingt députés qui leur permettra de faire les guignols au micro de l'Assemblée.

Enfin, Jean-Marie a un pied dans la tombe et Marine démontre que sa méthode marche mieux que les délires autistes de l'aile archéofascisante - majoritaire au FN : ceux-là aussi n'ont pas fini d'être en crise.

Pendant ce temps, Sarkozy se la colle avec Poutine (qui refuserait, d'ailleurs, quelques vodkas avec le président russe?) et fait passer sa première grosse réforme comme une lettre à la poste, avec un talent qui force le respect : deux mesures bien grosses qui focalisent la hargne syndicale, qu'on laisse gronder quelques jours, puis une nouvelle édition du même texte duquel on a enlevé ce qu'on n'avait jamais imaginé sérieusement y mettre. Magnifique tour de prestidigitation!

Dans ce monde politique multipolaire et recomposé, le RDN sera ce feu qui ne s'éteint pas dans la ténèbre. Que d'analyses géniales en perspective!

D'ores-et-déjà, comme le suggère un commentaire à l'article précédent, allez lire l'entretien avec Rioufol publié sur Désirs de Réaction - site où l'on ne s'ennuie décidément pas.

par Péronito publié dans : Démocratie Nationale communauté : Démocratie Nationale
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Samedi 26 mai 2007
par Président publié dans : France
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Jeudi 24 mai 2007

Comitiis praesidentialibus die Dominico factis Nicolas Sarkozy novus praesidens Franciae electus est, cum circiter quinquaginta tres centesimas suffragiorum obtinuit.

Sarkozy, vir quinquaginta duorum annorum, ministerio et rerum interiorum et oeconomiae in hodierno regimine functus, praesidenti Jacques Chirac succedit, qui duodecim annos in munere fuit.

Potestas praesidentis in Francia maior est quam apud plerasque alias nationes Europaeas.

Praesidens ministrum primarium eligit sed eum dimittere non potest. Legem latam in parlamentum remittere potest, sed non saepius quam semel.

Potest etiam legem in tribunal constitutionale mittere aut eandem suffragio populi subicere. Praesidenti licet scelestis impunitatem concedere aut poenas eorum breviores reddere. Est etiam imperator exercitus.

Munus praesidentis antea septuenne fuit, nunc iam iterum quinque annos durat.

Numerus praesidentatuum non est limitatus, ut exempli gratia in Finnia, ubi idem semel tantum denuo eligi potest.

(Tuomo Pekkanen)

par Urbi et orbi publié dans : Le monde est fou
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Lundi 21 mai 2007

C'est l'histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf. Il était une fois une jeune assistante parlementaire au parlement européen qui travaillait pour les centristes. A force de cotoyer des hommes politiques, elle décida un jour qu'elle serait une importante femme politique. Parce que femme et jeune, elle se dit qu'elle incarnait à l'évidence une façon neuve de faire de la politique. Et grenouille Quitterie de lancer son blog.  Un blog moderne, jeune, jeuniste. Puant. Blog qui allait lui apporter une relative célébrité médiatique, avec des dommages collatéraux non négligeables pour son ego!

Le blog de Quitterie (nous vous offrons le lien car il vaut son pesant de cacahouètes) c'est la cour des miracles. On y voit tout! Une horde de vrais candides qui se croient politologues ; des vils flatteurs héros proclamés du néocentrisme, à vomir de jeunisme ; un amoureux transi qui passe son temps à confondre Quitterie et Aphrodite ; des socialistes maquillés comme une voiture volée qui tentent de se faire passer pour l'aile gauche du centrisme mou ; quelques taquins enfin, qui, avouons-le, mettent de l'ambiance dans cette guimauve insipide. Les personnages nous ont séduits, fascinés. Aucun n'a l'air réel tellement il sombre dans le cliché! Le discours, lui, est fadasse : il y a les gentils - et à la base tout le monde est gentil, et des méchants dont personne ne comprend pourquoi ils sont méchants! Ils ont dû rater le sourire de Quitterie.

Le sourire de Quitterie, parlons-en. Il est partout! Dans les articles d'autocongratulations et d'intercongratulations. Dans les petites vidéos qui ressemblent à une campagne de recrutement pour Arthur Andersen. Dans les répliques des courtisans mielleux!

Forte de sa cour, Quitterie s'est laissée aller. Elle a péché par excès de gnan-gnantitude, au point d'appeler à voter Gogolène avec une argumentation que la morale réprouve. Elle a un peu trop souri, la Quitterie, et l'on a vu ses canines qui rayaient le parquet. Le chute est aujourd'hui rude : le sourire de Quitterie devient un rire jaune grimaçant, et les courtisans se font pleureuses : le MoDem (nouveau nom de l'UDF, pour ceux qui n'ont pas suivi) vient de lui refuser l'investiture!

Adieu veaux, vaches, cochons, couvées! Adieu Quitterie, météorite de la jeunesse politicarde désormais en voie de reconversion vers un destin plus humble...

par Peronito publié dans : Blogosphère
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Jeudi 10 mai 2007

On pourra trouver que pour un président de la République, aller naviguer sur le yacht d'un ami a un côté m'as-tu vu un peu déplacé. On peut y voir aussi la preuve de la pipolisation grandissante de la vie politique et craindre que bientôt Voici nous parle de la dernière soirée à l'Etoile des jeunes parlementaires branchés qui ne manqueront pas d'être élus le mois prochain. Mais, venant du camp des perdants, l'instance pénible avec laquelle ils dénoncent notre Nico Maltese paraît très très suspecte.

La vérité est que dans la guerre des paparazzis, les socialistes voudraient bien faire des vacances du petit Nicolas l'arbre qui cache la forêt des scandales à venir. On apprend en effet qu'un livre s'apprête à paraître, La femme fatale, écrit par deux journalistes du Monde, qui fait notamment le point sur le couple Hollande-Royal. Ces deux-là sont séparés et en mauvais termes. Tout le monde le sait dans le microcosme, mais toi cher électeur pigeon, on t'a fait croire le contraire, on t'a pris pour un con et tu as cru à Blanche Neige... Pour illustrer, je ne résiste pas au plaisir de citer cette phrase du livre : "si tu vas chercher Jospin pour me faire barrage, tu ne reverras jamais tes enfants!"

A bien y réfléchir d'ailleurs, il était tout de même hallucinant de voir les journalistes entretenir le mythe d'une relation idyllique qui n'existe plus : parlant de l'un ou de l'autre, on a entendu tout au long de la campagne les mots "compagnon de" ou "compagne de", tant il est vrai que la stabilité du couple est un argument électoral massue à l'élection présidentielle. Quelle ironie, lorsque l'on sait ce qu'il en est, d'avoir vu Royal pérorer sur sa vie de famille dans Paris Match! Nous ne militons pas pour le grand déballage des vies privées, loin de là, même, mais l'inverse - le mensonge électoraliste - est proprement répugnant.

Merci Nicolas, qui, pendant qu'au PS on s'envoie des assiettes à la figure, vas passer quelques jours avec ta femme et ton fils sur le Love Boat! Merci de prouver à la face du monde médusé que la paix règne dans ton foyer et que sur le yacht tout n'est qu'ordre et beauté...

Vivement la sortie prochaine du bouquin dont les révélations sur la vie privée trépidante de Gogolène ravaleront la croisière de Sarko au rang d'insignifiante pécadille. Là, les parangons de vertu socialiste à qui il n'a pas suffit de prendre une grosse baffe dimanche dernier finiront peut-être par rougir de honte et de confusion!

par Peronito publié dans : Actualités
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Mercredi 9 mai 2007

Une page est tournée, adieu 1981 !

L’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République constitue le signe le plus visible d’une profonde rénovation de la vie politique française déjà entamée il y a quelques années. Les règles du jeu, les citoyens, le monde, tout a changé et remis en cause notre modèle politique fondé sur deux piliers : l’alternance systématique des équipes et la longévité des carrières.

Le maintien à la tête de l’Etat de celui qui a si bien incarné cet ancien modèle – Jacques Chirac qui fut si cher à nos cœurs de jeunes étudiants – a masqué l’entreprise de renouveau déjà amorcée sous l’effet conjugué du quinquennat, du développement d’Internet ou encore de la modernisation de l’ensemble de nos voisins et alliés.

Il aura donc fallu attendre le 6 mai 2007 pour marquer une « rupture » nette et définitive avec deux lois électorales qui ont paralysé et ringardisé notre vie politique.

Rupture d’abord avec celle qui voulait que, pour entrer à l’Elysée, mieux valait s’y prendre à l’avance et souffrir plusieurs défaites comme si les Français n’affectionnaient que les vieilles connaissances et les losers. François Bayrou et dans une autre mesure Jean-Marie Le Pen sont aujourd’hui les seules survivances de cette conception de l’élection présidentielle si chère à François Mitterrand et Jacques Chirac.

Rupture ensuite avec le cycle infernal inauguré le 10 mai 1981 qui voulait que le résultat de l’élection à venir soit l’exacte inverse de celui de la précédente. Chaque scrutin était lié, aucune équipe n’espérait être reconduite, si ce n’est la fois d’après. « Sortez les sortants » ne suffit plus pour remporter un scrutin national.

Ces ruptures aboutissent inévitablement au rajeunissement et au turnover des gouvernants. Le perdant de l’élection présidentielle, surtout depuis qu’il n’est plus le fondateur de son parti, connaîtra toujours le même sort. Le vainqueur, quant à lui, savourera son élection dès la première tentative par la nomination de jeunes ministres depuis peu entrés dans la lumière ou encore inconnus du grand public. En cela, 2007 accentue bien une tendance en germe depuis quelques années, mais cachée par la longévité de cet animal politique qui a joué les premiers rôles depuis 1967. Ségolène Royal, en dépit des espoirs de son clan, rejoindra ainsi Lionel Jospin au cimetière des éléphants ; tandis que le prochain gouvernement sera composé en grande partie de personnes dont l’expérience du pouvoir n’est pas plus grande que celle de Raffarin, Villepin, Perben, Fillon, Copé, MAM et même Sarkozy en 2002.

Une page est bien tournée. Reste maintenant à en écrire une nouvelle. L’avenir dira alors si 2007 a consacré une autre rupture : celle du retour du courage en politique, cette valeur elle aussi perdue depuis plusieurs décennies !

par Kléber publié dans : France
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Lundi 7 mai 2007

 

 

par Président publié dans : France communauté : Vu de droite
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Vendredi 4 mai 2007

2 mai, 21 heures. A notre gauche, Ségolène Royal, plus élégante que jamais, a revêtu la tunique du challenger. A notre droite, Nicolas Sarkozy, candidat à l’élection présidentielle depuis 12 ans, vainqueur du 1er tour et grandissime favori pour le second. Au centre, François Bayrou a laissé sa place à deux monstre sacrés du petit écran : PPDA et Arlette Chabot. Ils ne seront, l’espace d’une soirée, que les maîtres du temps. Dehors, la France devant la télévision, seule, en famille ou entre amis, chez soi ou dans un bar, comme si, un an après, le pays revivait une nouvelle finale de Coupe du monde.

Vainqueur du toss, Nicolas Sarkozy donne le coup d’envoi. Visiblement sous Lexomil, le favori se veut courtois et calme. Il est parti pour démontrer sans fanfaronner, pour encaisser sans reculer et, surtout, pour éviter le mauvais geste comme tétanisé par la hantise du carton rouge et les accusations de machiste enragé. « Madame Royal », je suis heureux d’être ici avec vous !

Ségolène Royal prend, quant à elle, le jeu à son compte. N’ayant plus rien à perdre, elle oublie – volontairement – les règles du jeu et s’engage sur la voie du dérapage contrôlé. Abandonnés le séquençage thématique et le ronron d’un débat mille fois joué depuis le 22 avril, elle part dans tous les sens, élève la voix, interrompt, prend à parti. Elle avance pour cogner et pousser l’adversaire à la faute.

Nicolas Sarkozy écoute et lutte contre lui-même, « il me serait si facile de répliquer et de faire mouche » dut-il se dire à plusieurs reprises. Appliqué et pédagogue, il décide de rester dans le canevas décidé à l’avance et d’approfondir chacun des sujets. Plus en retrait sur la forme, il prend néanmoins l’avantage sur le fond ; Ségolène Royal est mise devant ses contradictions et imprécisions. Les « moi, je » et autres « j’ouvrirai une discussion avec les partenaires sociaux » apparaissent clairement comme des dégagements en touche désordonnés, des sauvetages in extremis :
• Je lutterai contre la dette publique lorsque la croissance sera supérieure à 2,5 % ;
• Je suis la candidate du dialogue social mais dénigre toute idée en provenance du MEDEF ;
• Je ne démantèlerai pas les lois Fillon, je les remettrai à plat ;
• Je créerai une taxe sur les profits boursiers dont le produit sera exactement égal à ce dont nous avons besoin pour financer les retraites ;
• Je considère Nicolas Sarkozy comme un candidat dangereux qui a recouvert la France de flics et maltraité les immigrés, mais je l’accuse de ne pas avoir créé assez de postes de policiers pour permettre aux policières d’être raccompagnées le soir en toute sécurité et renonce aux régularisations massives pour me convertir au très sarkozyste « cas par cas »…

On peut multiplier les exemples à l’infini. Incontestablement, il y avait d’un côté un candidat crédible, connaissant ses dossiers (ça n’exclut malheureusement pas quelques erreurs) et ayant une vision pour son pays et, de l’autre, une candidate focalisée sur l’incantatoire et l’émotionnel, pressée de continuer à gouverner la France avec des recettes du passé.

Alors, c’est vrai, le débat n’en est pas resté là. Nicolas Sarkozy a commis une erreur qui inévitablement restera dans les annales. Voulant lui aussi jouer sur le registre des sentiments, il s’est emparé du thème des handicapés et, plutôt que de temporiser, a cherché à accroître son avantage. Ségolène Royal s’est alors minutieusement mise en colère (mais sans s’énerver, nous voilà rassurés !) et a montré tout son talent de professionnelle du pathos. Elle a néanmoins cédé à la tentation d’en faire trop et, à force de surjouer, a perdu beaucoup de son naturel.

Le challenger a donc marqué un but au moment où le favori s’y attendait sûrement le moins. Pas de panique, la fin des hostilités a une nouvelle fois mis en lumière le décalage de stature entre les deux candidats sur les questions internationales (Iran, Darfour), l’Europe, la Turquie ou encore l’immigration. Et ce d’autant plus que Ségolène Royal a raté son final s’engageant dans un face caméra façon clip de campagne ringard !

Au final, chacun a donc joué son rôle. Ségolène Royal a cherché la faille, Nicolas Sarkozy a voulu à tout prix éviter d’apparaître comme l’agresseur. Les partisans des deux candidats peuvent tous se montrer satisfaits.

Cependant, force est de reconnaître :
• que pour gouverner la France, il ne suffit certainement pas de disposer d’une « capacité d’indignation » ou d’être « la candidate de ce qui marche » sans plus de précision et
• que pour gagner cette élection il ne suffisait pas à Ségolène Royal de faire plaisir à son camp en tapant sur son adversaire, encore lui fallait-il convaincre la quasi-totalité de l’électorat bayrouiste, des personnes généralement très qualifiées (et oui c’est parfois dur à croire !) plus avide de rationnel que d’émotionnel.

En conclusion, pas d’inquiétude mes chers amis, mobilisez-vous dimanche et tout ira bien !

par Kléber publié dans : Journal de campagne
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